J'ai pensé, rien qu'un bref instant, que taire les raisons qui te poussaient à me laisser était une façon de m'empêcher de revenir. Après tout, je pourrais m'accrocher à ces raisons, essayer de changer et surtout, de réintégrer ma place dans ton coeur. Être flou sur les motifs qui nous poussent à rejeter quelqu'un me semble une bonne façon de clore une relation pour de bon.
Mais je sais que ce n'est pas ça. Et j'ai mal. J'ai mal comme je n'ai jamais eu mal. Je pensais que tu ne réponderais pas à mon appel, mais je ne pouvais pas dormir, encore une fois. À bien y penser, je suis sur une pente dangereuse depuis un certain moment. Mais peu importe. Ça m'a fait du bien de te dire tout ce qui me passait par la tête, et de pleurer, encore. De te dire que ça faisait mal, que j'étais prête à tout, pour toi, que j'avais appellé en vitesse chez mon fournisseur de téléphone pour qu'il me rajoute l'afficheur, au cas, au cas où tu déciderais de m'appeller. Folle. Folle. Je l'ai répété plusieurs fois, je suis folle, aliénée, anormale ou cinglée, et j'en suis pleinement conciente.
J'en ai pleinement eu conscience quand je me suis écroulée, une fois de plus sur le carrelage de la salle de bain. Quand j'ai senti mes trippes se tordrent, quand j'ai eu envie de me faire mal, vraiment mal. Et je n'ai pas pensé, comme toutes ces personnes qui tentent de se suicider, à faire taire la douleur, mais plutôt à ressentir un autre type de douleur qui me ferait oublier. Mais je ne l'ai pas fait, ne t'inquiète pas, je suis folle mais également rationnelle à la fois. Mais j'ai hurlé, hurlé de toutes mes forces, parce que ça faisait un bien fou, hurlé un bon moment en me disant que cette fille là, elle me faisait peur mais qu'il fallait bien que je l'apprivoise, qu'elle faisait partie de moi en fait.
Cette nuit encore, je sais que je ne dormirais pas. Les sanglots que j'ai cru entendre dans ta voix m'ont donné un espoir à lequel me raccroché, mais ce n'est pas suffisant à me calmer. À calmer mes tremblements, à calmer ce froid qui m'a envahit. Même les médicaments ne réussisent plus à me faire sommeiller. Alors reviens-moi, fait demi-tour, car tu es l'essence même de ma vie. J'ai envie d'être de nouveau heureuse, comblée et vivante, comme lors des derniers jours. Et j'ai pleins de projets pour nous. Oui, pour nous.